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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 14:16

Pour comprendre le problème, commençons par décrire le modèle économique grosse maille d'un fournisseur d'accès à Internet qui vend de l'ADSL.

 

Le modèle

Pour chaque abonné, l'opérateur doit verser à Orange un tarif de base qui correspond à l'accès à votre logement, il était de 17,1€ en 2000 et il est de 9€ en 2013 (source Arcep).

 

Il y a ensuite les investissements pour acheminer le trafic sur toute la France jusqu'à un point d'interconnexion avec un autre opérateur. Cette information est difficilement quantifiable car elle dépend de la stratégie d'investissement du FAI.

 

Une fois arrivé à un point, le trafic passe chez un autre opérateur, deux cas se présentent:

  • il s'agit d'un point de peering: les opérateurs s'échangent gratuitement le trafic sans se facturer.
  • il s'agit d'un point de transit; votre FAI paye alors à l'opérateur en fonction du débit maximum qui passe sur le tuyau.

On le voit rapidement, pour augmenter sa marge le FAI à intérêt à ce que:

  1. le prix de l'abonnement de base soit minimal
  2. le réseau de transport national lui appartienne (pour éviter de payer une marge)
  3. avoir le maximum d'accord de peering et avoir le minimum de transit

Le coût théorique d'un full transit

On peut d'ailleurs essayer de modéliser ce qui se passerait si tout le trafic passait en transit.

 

Pour celà, j'ai pris une échelle de temps 2000 à 2013 qui permette d'avoir une vision de l'évolution.

 

Ensuite, j'ai essayé de modéliser l'historique du débit, 512 kbps pour 2000-2001, l'arrivée de l'ADSL 2+ en 2005 avec des débits à 2 Mbps puis une augmentation linéaire jusqu'à 9,8 Mbps en 2013. Pour fixer cette valeurde 2013, je suis allé regarder la valeur actuelle moyenne des débits d'un grand FAI sur le site de grenouille.com.

 

Reste l'estimation des tarifs de transit, information difficile à obtenir. J'ai pris l'historique de DrPeering qui donne des prix US en $, cohérents avec les tarifs européens et la dernière étude publiée par Telegeography. J'également fixé en prenant une parité 1$=1€ ... L'objectif étant de se donner une idée du poids du transit et de l'évolution.

 

Voici le résultat:

internet

On voit immédiatement que comme dans tous les modèles, si tout le monde utilise son maximum de débit en même temps, le modèle économique ne tient pas. il est donc vital qu'un maximum de trafic soit de type peering ne serait-ce que pour absorber la hausse de débit due à l'ADSL 2+ qui a eu lieu au milieu des années 2000.

 

Mais il apparait également que le coût du transit n'a jamais été aussi bas. Paradoxe apparent, c'est en 2012 que les FAIs relèvent le tarif de 5€ environ et mettent en cause le modèle économique en pointant notamment Google du doigt.

 

L'évolution de la topologie du trafic

La télé par Internet pour un FAI représente une aubaine, d'une part parce que le client peut s'abonner à des chaînes payantes et d'autre part parce que c'est une source d'économie.

 

Le flux télé est diffusé une seule fois dans le réseau et reçu par toutes les box simultanément, la consommation du réseau global du FAI est la même quelque soit le nombre d'utilisateurs qui regardent. De plus, lorsqu'un utilisateur regarde la télé, son débit internet diminue de ce que le flux télé prend, c'est une manière d'économiser la bande passante.

 

Ce modèle se transforme un peu car d'après les données ARCEP, les consommateurs souscrivent de moins en moins à la télé par adsl:

http://www.arcep.fr/fileadmin/reprise/observatoire/2-2012/t2-2012-34.gif

Les sites de vidéos gratuits sont en revanche une source de coût. Bien qu'ils soient généralement accessibles en peering, chaque utilisateur regarde SON flux vidéo et consomme sur le réseau un peu plus de bande passante. Le coût du reseau interne du FAI devient alors proportionnel à son nombre d'utilisateurs, tout comme l'est le peer2peer ou le téléchargement direct.

 

Les données avancées par cisco mettent en avant la forte croissance de ce type de flux:

vnigraph.jpg

 

Le modèle économique est-il réellement mis en danger ?

 

OVH semble penser le contraire. Il faut dire que le modèle économique de chaque FAI est de nature privée ce qui rend impossible de savoir ce que coûte réllement sur le réseau. Il faut également noter l'arrivée de Free dans le mobile, les données des smartphones transitent sur le même réseau fixe que l'internet. En cassant les tarifs sur les abonnements mobiles Free a-t-il pris compte les investissements à réaliser sur le réseau fixe pour acheminer les flux ?

 

Notons que si la question se pose sur l'ADSL, elle l'est encore plus pour la fibre où les débits sont démultipliés pour des prix quasiment équivalents.

 

A mon sens, le problème majeur de faire payer Google et Apple, c'est de créer un modèle économique opaque. Ces modèles ayant de fâcheuses tendances à dériver vers des systèmes d'entente sur les prix.

 

Dans un autre sens, c'est un système protectionniste qui permet de faire payer des sociétés étrangères pour des investissements en France. Mais c'est aussi reconnaître que la France n'a pas su faire sa place sur le net.

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